Alors que les nuits s’allongent et que le froid s’installe, une lutte silencieuse pour la survie se joue dans nos jardins. Le hérisson, petit mammifère emblématique de nos campagnes et de nos espaces verts, entre dans la période la plus critique de son année. Vulnérable et souvent mal compris, il fait face à une multitude de dangers, dont beaucoup sont directement liés à nos activités. Comprendre les défis qu’il rencontre est la première étape indispensable pour pouvoir lui venir en aide efficacement. Car pendant que nous dormons au chaud, chaque hérisson se bat pour atteindre le printemps suivant.
Comprendre les menaces hivernales pour les hérissons
Le froid et le défi énergétique de l’hibernation
L’hibernation est une stratégie de survie fascinante mais extrêmement exigeante. Pour y parvenir, un hérisson doit accumuler suffisamment de réserves de graisse durant l’automne. Idéalement, il doit atteindre un poids d’au moins 600 grammes pour avoir une chance de survivre jusqu’au printemps. Le froid intense, un réveil prématuré ou des réserves insuffisantes peuvent lui être fatals. La raréfaction de sa nourriture naturelle, comme les insectes et les vers, due à la baisse des températures, rend cette quête de poids encore plus difficile.
L’impact de l’urbanisation et des pratiques de jardinage
Nos jardins modernes, souvent trop entretenus, sont devenus des environnements hostiles. La suppression systématique des tas de feuilles, des branchages et des zones de friche prive les hérissons de leurs abris naturels pour hiberner. De plus, l’utilisation de pesticides et de granulés anti-limaces empoisonne directement leur source de nourriture ou les intoxique lorsqu’ils consomment des proies contaminées. Les clôtures et les murs infranchissables fragmentent leur territoire et les forcent à emprunter des routes dangereuses.
Les dangers directs créés par l’homme
Au-delà de la perte d’habitat, de nombreuses menaces directes pèsent sur ces animaux. Les outils de jardinage, comme les débroussailleuses ou les tondeuses, peuvent blesser ou tuer un hérisson caché dans l’herbe haute. Les piscines, les bassins aux bords lisses ou même de simples seaux remplis d’eau de pluie peuvent se transformer en pièges mortels. Le tableau ci-dessous résume les principales menaces d’origine humaine.
| Type de menace | Exemples concrets | Impact sur le hérisson |
|---|---|---|
| Aménagement du jardin | Clôtures étanches, jardins « propres » sans feuilles | Fragmentation du territoire, absence d’abris |
| Produits chimiques | Pesticides, anti-limaces | Empoisonnement direct ou indirect |
| Pièges accidentels | Piscines, filets, feux de jardin | Noyade, blessures, mort |
| Circulation routière | Routes traversant leur territoire | Mortalité très élevée |
Face à ce constat alarmant, l’inaction n’est plus une option. Heureusement, des solutions concrètes et accessibles à tous existent pour transformer nos jardins en havres de paix pour ces précieux auxiliaires.
Les gestes essentiels pour aider les hérissons à survivre
La règle d’or : observer avant d’agir
Avant toute intervention, le principe de base est de ne pas déranger. Un hérisson en hibernation ne doit jamais être réveillé. Si vous trouvez un hérisson en plein jour durant l’hiver, surtout s’il semble faible, désorienté ou blessé, c’est un signe de détresse. Dans ce cas, il est impératif de contacter le centre de soin pour la faune sauvage le plus proche. Ne tentez pas de le soigner vous-même sans l’avis d’un professionnel.
Les cinq piliers de l’aide hivernale
L’aide que nous pouvons apporter se concentre sur les besoins fondamentaux de l’animal durant cette période. Ces actions simples peuvent faire toute la différence entre la vie et la mort pour un hérisson en difficulté. Elles se résument en cinq points clés :
- Fournir un abri sûr et isolé.
- Proposer une source de nourriture d’appoint avant et après l’hibernation.
- Garantir un accès permanent à de l’eau fraîche.
- Sécuriser le jardin pour éliminer les pièges potentiels.
- Agir avec bienveillance et savoir quand demander de l’aide.
Chacun de ces gestes contribue à créer un environnement favorable. Le premier et peut-être le plus crucial de ces gestes est de s’assurer qu’ils disposent d’un endroit adéquat pour passer les longs mois d’hiver.
Offrir un abri : préparer un refuge chaleureux
Privilégier les abris naturels
La solution la plus simple et la plus efficace est de laisser la nature faire son travail. Conserver un coin de votre jardin à l’état sauvage est un cadeau inestimable pour le hérisson. Un tas de feuilles mortes au pied d’une haie, un amas de branches et de petit bois, ou même un tas de compost bien aéré constituent des gîtes d’hibernation parfaits. Ces abris offrent une excellente isolation thermique et un camouflage idéal contre les prédateurs.
Construire ou acheter un gîte artificiel
Si votre jardin ne permet pas de créer un abri naturel, vous pouvez installer un gîte à hérisson. Vous pouvez en fabriquer un vous-même avec une caisse en bois ou en acheter un dans le commerce. Voici quelques critères pour un bon abri :
- Matériaux : Bois non traité, pour éviter les émanations toxiques. Évitez le plastique qui condense l’humidité.
- Dimensions : Une entrée d’environ 12×12 cm pour empêcher l’accès aux prédateurs comme les renards ou les blaireaux.
- Conception : Idéalement avec une chicane ou un tunnel d’entrée pour protéger du vent et des prédateurs.
- Installation : Placez-le dans un endroit calme et abrité, sous des buissons ou une haie. Recouvrez-le de feuilles et de branchages pour l’isoler et le camoufler. Garnissez l’intérieur de paille ou de foin sec.
Un toit bien isolé et étanche est fondamental. Un abri sûr est la première pierre de l’édifice de sa survie, mais il faut aussi s’assurer qu’il y entre avec suffisamment d’énergie.
Alimentation hivernale : que donner aux hérissons ?
Le menu idéal pour un hérisson
Il est crucial de ne nourrir les hérissons qu’en période de préparation à l’hibernation (automne) ou à leur réveil (début du printemps), lorsque la nourriture naturelle est rare. Le reste du temps, il est préférable de les laisser se nourrir seuls pour ne pas créer de dépendance. La meilleure nourriture d’appoint est constituée de croquettes pour chat ou pour chiot, riches en protéines. Vous pouvez également proposer de la pâtée pour chat. Disposez la nourriture le soir, dans une gamelle peu profonde à l’abri des intempéries.
Les aliments à proscrire absolument
Donner une nourriture inadaptée peut causer plus de tort que de bien. Certains aliments sont dangereux, voire mortels, pour les hérissons. Il est impératif de les éviter.
| Aliment interdit | Raison de l’interdiction |
|---|---|
| Lait et produits laitiers | Les hérissons sont intolérants au lactose, ce qui provoque des diarrhées mortelles. |
| Pain | N’a aucune valeur nutritive pour eux et peut gonfler dans leur estomac. |
| Graines et noix | Peuvent se coincer dans leur palais ou leurs dents. |
| Restes de table | Souvent trop salés, sucrés ou gras pour leur système digestif. |
En complément d’une alimentation saine, un autre élément vital est souvent négligé durant la saison froide.
L’importance de l’hydratation pendant l’hiver
De l’eau, même par temps froid
On pense souvent à la nourriture, mais l’eau est tout aussi essentielle. Les hérissons ont besoin de s’hydrater, y compris en hiver. Lors des périodes de redoux, ils peuvent se réveiller brièvement et chercher à boire. Les sources d’eau naturelles comme les flaques peuvent être gelées. Il est donc très utile de mettre à leur disposition une gamelle d’eau peu profonde. La faible profondeur est cruciale pour éviter tout risque de noyade, notamment pour les jeunes individus.
Astuces pour éviter le gel
Pour que l’eau reste accessible, changez-la chaque jour, de préférence le soir avant que les hérissons ne sortent. Si les températures sont très basses, vous pouvez placer la gamelle près d’un mur de la maison qui conservera un peu de chaleur, ou placer une petite balle en plastique dans l’eau ; le moindre souffle de vent la fera bouger et retardera la formation de glace. Assurer cet accès à l’eau complète les actions de nourrissage et d’abri, mais il reste une dernière étape : rendre leur environnement global plus sûr.
Sécurisation du jardin : prévenir les dangers invisibles
L’inspection systématique avant toute intervention
Avant de passer la tondeuse, la débroussailleuse ou de retourner votre compost, prenez toujours le temps de vérifier qu’un hérisson ne s’y est pas réfugié. Un simple coup d’œil dans les herbes hautes ou un léger soulèvement des tas de feuilles avec précaution peut sauver une vie. Soyez particulièrement vigilant avant d’allumer un feu de jardin, car les tas de branchages sont des abris de choix pour eux. Il est préférable de déplacer le tas juste avant de l’allumer.
Aménager un jardin sans pièges
Quelques aménagements simples peuvent transformer un jardin dangereux en un sanctuaire pour la faune. Voici une liste de vérifications à effectuer :
- Points d’eau : Installez une rampe de sortie (une planche de bois avec des tasseaux, un grillage) dans les piscines et les bassins pour permettre aux animaux tombés à l’eau de s’échapper.
- Filets et grillages : Tendez bien vos filets de protection de potager et ne les laissez pas traîner au sol, car les hérissons peuvent s’y emmêler.
- Passages : Créez des petites ouvertures d’environ 13×13 cm à la base de vos clôtures ou de vos murs pour leur permettre de circuler librement d’un jardin à l’autre, ce qui est vital pour leur recherche de nourriture et de partenaires.
En rendant leur environnement plus sûr, nous leur offrons les meilleures conditions pour affronter la saison froide.
La survie des hérissons durant l’hiver dépend en grande partie de la bienveillance et des actions préventives que nous mettons en place. En offrant un abri adéquat, une source d’eau et de nourriture d’appoint, et surtout en sécurisant nos jardins contre les pièges du quotidien, nous leur donnons une chance réelle de voir le retour du printemps. Chaque jardin transformé en refuge est une victoire pour cette espèce menacée et un pas de plus vers la préservation de la biodiversité locale.









